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Littman (2018) — Rapid-Onset Gender Dysphoria

Recherche controversée mais évaluée par des pairs de Lisa Littman sur la dysphorie de genre apparaissant soudainement et en groupe chez les adolescents.

Lisa Littman, alors affiliée à l'Université Brown, a publié en 2018 dans PLoS ONE l'article évalué par les pairs Parent reports of adolescents and young adults perceived to show signs of a rapid onset of gender dysphoria. L'étude a introduit le terme Rapid-Onset Gender Dysphoria (ROGD) : une dysphorie de genre qui apparaît soudainement à la puberté ou à l'adolescence, souvent chez des jeunes sans antécédents de questions de genre, et qui se regroupe au sein de groupes d'amis.

Conception de l'étude

Littman a mené une enquête exploratoire et descriptive auprès de 256 parents. Le recrutement s'est effectué via trois sites web (4thWaveNow, Transgender Trend, Youth Trans Critical Professionals) où se réunissaient des parents inquiets de l'identification soudaine de leur enfant comme transgenre. Le questionnaire comprenait des items structurés et ouverts sur le développement, le contexte social, l'usage des médias, la santé mentale et la transition sociale de l'enfant.

Population

Les jeunes au sujet desquels les parents ont rapporté étaient majoritairement des filles (environ 83 pour cent) avec un âge moyen de seize ans lors de l'expression d'une identité transgenre. Une grande partie présentait des troubles psychiques préexistants (anxiété, dépression, troubles alimentaires) ou un diagnostic dans le spectre autistique.

Résultats

  • La dysphorie de genre est apparue chez presque tous les jeunes soudainement, pendant ou après la puberté, sans les signes précurseurs précoces décrits dans les critères du DSM.
  • Regroupement au sein de groupes d'amis : plusieurs jeunes au sein d'un même groupe d'amis s'identifiaient simultanément ou peu après les uns les autres comme transgenres.
  • Utilisation fortement accrue des réseaux sociaux et des communautés de genre en ligne avant l'identification.
  • Détérioration de la santé mentale et des relations familiales après la transition sociale selon les parents.

Conclusions

Littman a formulé une hypothèse : pour une partie des adolescents, la dysphorie de genre peut apparaître comme une stratégie d'adaptation socialement contagieuse, comparable aux clusters sociaux de troubles alimentaires ou d'automutilation décrits antérieurement (peer contagion). Elle a plaidé pour des recherches complémentaires avant d'entreprendre des parcours médicaux irréversibles pour ce groupe.

Critiques et limites

  • Les données sont rapportées par les parents, et non par les jeunes eux-mêmes ; les parents qui s'inscrivent via des sites critiques ne sont pas représentatifs.
  • Aucune confirmation clinique des diagnostics.
  • Aucun groupe de comparaison.
  • Brown University a d'abord retiré un communiqué de presse sous la pression militante ; PLoS ONE a exigé une version corrigée dans laquelle la nature descriptive était rendue encore plus explicite. L'article évalué par les pairs est resté publié.

Implications

Malgré les limites méthodologiques, l'étude a fait évoluer le débat en nommant ce que de nombreux cliniciens et parents observaient : une nouvelle présentation de la dysphorie de genre qui ne s'inscrit pas dans le modèle classique de l'early-onset sur lequel le Protocole néerlandais est fondé. Des données cliniques ultérieures (notamment dans le Cass Review) confirment le glissement démographique que Littman a été la première à décrire de manière systématique.