ROGD et contagion sociale
À propos de la dysphorie de genre à apparition rapide (ROGD) et du rôle des influences sociales, des groupes d'amis et des communautés en ligne dans son apparition chez les jeunes.

Qu'est-ce que le ROGD ?
ROGD est l’acronyme de « rapid-onset gender dysphoria » — une dysphorie de genre d’apparition soudaine à l’adolescence, sans antécédents de non-conformité de genre pendant l’enfance. Ce terme a été introduit en 2018 par Lisa Littman (Université Brown) à la suite d’une étude menée auprès de parents qui ont vu leur enfant — presque toujours une adolescente — développer une identité transgenre en très peu de temps, souvent après que des amies ou des communautés en ligne aient fait de même. Il ne s’agit pas d’un diagnostic officiel du DSM, mais d’une observation clinique qui contribue à expliquer le revirement démographique observé dans tous les centres spécialisés dans les questions de genre en Occident après 2015.
La caractéristique principale est que cette revendication d’identité apparaît après le début de la puberté, chez un enfant qui, durant sa petite enfance, n’avait jamais montré de signes de dysphorie de genre. Il n’y a pas d’antécédents de plusieurs années de malaise vis-à-vis de son propre corps ou de son propre rôle de genre ; la conviction d’être transgenre se développe souvent en l’espace de quelques semaines à quelques mois, et survient de manière frappante chez plusieurs jeunes du même cercle social. Ce regroupement — plusieurs enfants d’un même groupe d’amis ou d’une même classe qui font leur coming out à peu de temps d’intervalle — est un schéma qui n’a jamais été observé dans les cas classiques de dysphorie de genre précoce. Une analyse plus approfondie est disponible sur /rogd/.
Littman 2018 et la réaction hostile à l’approche affirmative
Littman a publié son étude en août 2018 dans PLOS ONE. Il s’agissait d’une étude exploratoire visant à formuler des hypothèses, fondée sur les témoignages des parents : elle y décrivait un schéma que les parents reconnaissaient et en a tiré l’hypothèse ROGD. Une forte pression politique et militante s’est exercée presque immédiatement. PLOS ONE a annoncé une réévaluation de l’article déjà publié — une mesure exceptionnelle — et a publié en 2019 une version corrigée, dotée d’un titre modifié et d’un cadre méthodologique élargi, à l’issue d’une deuxième révision. Les conclusions scientifiques sont restées inchangées sur le fond ; la correction portait sur la formulation et la mise en évidence des limites, et non sur une réfutation des données. De nombreux chercheurs ont considéré cette affaire comme un cas où des pressions extérieures ont éclipsé un processus scientifique normal.
La limite méthodologique est réelle : les rapports des parents ne constituent pas une mesure directe de l’enfant. Mais une limite n’est pas une réfutation. Cette objection n’explique ni le regroupement observé simultanément, ni le changement démographique apparu dans des ensembles de données indépendants de plusieurs pays.
Le changement démographique
Jusqu’en 2010 environ, la population d’enfants s’adressant aux centres spécialisés dans les questions de genre était principalement composée de jeunes garçons, dont les premiers symptômes remontaient à la petite enfance. Au cours de la décennie suivante, ce tableau a radicalement changé : les demandes de prise en charge ont été dominées par des adolescentes sans antécédents pendant l’enfance. À la clinique britannique de Tavistock, le nombre total de prises en charge est passé de quelques dizaines par an à plusieurs milliers, la grande majorité concernait des adolescentes — un renversement de la répartition par sexe observée auparavant. Des évolutions similaires ont été signalées dans des centres néerlandais, scandinaves et nord-américains. Aucune des explications existantes concernant la dysphorie de genre ne permettait de prévoir cette augmentation soudaine et unilatérale.
Caractéristiques
Soudain. La dysphorie apparaît en l’espace de quelques mois, et non dès la petite enfance. Les parents et les enseignants sont pris au dépourvu.
Phénomène groupé au sein de groupes d’amis et de classes scolaires. Plusieurs enfants d’une même classe ou d’un même groupe en ligne se déclarent simultanément trans ou non binaires — un schéma que la dysphorie de genre classique n’a jamais présenté.
Principalement des filles. Depuis 2015, les demandes de transition femme-vers-homme ont fortement augmenté dans les centres de transition néerlandais, anglais et scandinaves, inversant ainsi le rapport observé auparavant.
Comorbidité. Souvent associée à l’autisme, à l’anxiété, à la dépression, à des troubles alimentaires ou à des antécédents de traumatisme.
Culture Internet. TikTok, Tumblr, Reddit et les serveurs Discord constituent l’espace de découverte et de validation. La « découverte de sa propre identité » s’effectue dans une boucle de rétroaction avec des algorithmes qui privilégient les contenus transgenres pour les adolescents en quête d’identité.
Rupture des liens familiaux. Les parents qui ne soutiennent pas cette affirmation sont présentés comme « dangereux » par la communauté en ligne et par l’adolescent lui-même.
Les vecteurs en ligne et le recrutement des indécis
Le lieu où naît la revendication d’identité est rarement le salon familial ou le médecin scolaire — c’est l’écran. L’algorithme de TikTok réagit à l’hésitation : un adolescent qui s’attarde sur des vidéos traitant de l’identité de genre en reçoit davantage, dans un flux de plus en plus restreint et catégorique. Tumblr, Reddit et les serveurs Discord offrent des espaces privés où l’identité transgenre est non seulement acceptée, mais attendue, et où le doute quant à cette identité est qualifié de « transphobie intériorisée ».
Au sein de ces communautés, il existe une dynamique de recrutement explicite que les participants appellent eux-mêmes « egg cracking » : un « egg » désigne une personne qui n’a pas encore pris conscience qu’elle pourrait être trans, et le « cracking » consiste à mettre en évidence de manière ciblée les doutes, un malaise ou une gêne comme preuve d’une identité trans cachée. Quiconque se sent incertain, différent ou malheureux s’entend dire que ce sentiment s’explique par le fait d’être trans. Pour un adolescent vulnérable présentant des troubles comorbides, cela constitue un récit séduisant et cohérent — et c’est précisément pour cette raison qu’il représente un risque. Voir également /woke-et-pression-sociale/ pour le contexte idéologique plus large.
Comorbidité
La population prise en charge par le ROGD se caractérise par un taux particulièrement élevé de comorbidité psychique. L’autisme est fortement surreprésenté : les jeunes autistes ont des difficultés avec les codes sociaux et les rôles de genre, sont sensibles aux modèles explicatifs catégoriques et sont très présents en ligne. Par ailleurs, les troubles anxieux, la dépression, les troubles alimentaires et des antécédents de traumatismes sont fréquents. Le risque est que l’identité transgenre soit présentée comme l’explication de tous ces troubles, alors que ce sont précisément ces troubles qui doivent d’abord être examinés et traités. Le lien entre la neurodivergence et la dysphorie de genre est approfondi sur /autisme-et-dysphorie-de-genre/.
Différence par rapport à la dysphorie infantile classique
La dysphorie de genre classique de la petite enfance, sur laquelle reposait le modèle de prise en charge néerlandais d’origine, diffère du modèle ROGD sur deux points fondamentaux. Premièrement, l’âge d’apparition : la dysphorie classique débute dans la petite enfance et persiste pendant des années, tandis que le ROGD n’apparaît qu’après le début de la puberté. Deuxièmement, la répartition par sexe : le groupe classique était majoritairement composé de garçons, tandis que le groupe ROGD est majoritairement composé de filles. Un protocole de prise en charge élaboré pour une population ne peut pas être appliqué tel quel à l’autre — c’est là le cœur du problème.
Critiques à l’égard du terme
Le terme ROGD a été rejeté par des organisations représentatives (WPATH, APA) comme relevant de la « pseudoscience », et les cliniciens affirmatifs affirment souvent que le ROGD « n’existe pas ». La principale objection réside dans le fait que l’étude initiale de Littman s’appuyait sur des rapports parentaux. Il s’agit là d’une limite méthodologique, mais pas d’une réfutation ; cela n’explique pas la concentration observée ni le revirement démographique constaté dans tous les centres occidentaux spécialisés dans les questions de genre. Des études ultérieures menées par Diaz & Bailey (2023) ont reproduit ces résultats sur un échantillon plus large. Le rejet de ce terme provient principalement de considérations politiques, et non d’une réfutation empirique.
Le contraste avec le rapport Cass (2024) est révélateur : celle-ci a certes évité d’utiliser l’étiquette « ROGD », mais a confirmé les phénomènes réels que ce terme décrit — un nouveau groupe de patients présentant des caractéristiques différentes de celles de la dysphorie de genre classique sur laquelle reposait le protocole néerlandais. Nier l’existence de ce phénomène en se contentant de contester l’étiquette ne résout pas le problème sous-jacent.
En quoi cela est-il pertinent ?
Si une part importante des cas actuellement pris en charge ne présente pas de dysphorie de genre précoce classique, mais un processus de construction de l’identité adolescente influencé par le contexte social, alors le traitement par des interventions médicales irréversibles (inhibiteurs de la puberté, hormones, chirurgie) constitue une erreur de catégorie. Cela explique également pourquoi les regrets et la détransition sont si fréquents au sein de cette cohorte : leur « identité trans » n’était pas une condition permanente, mais une phase de développement.
Que faire en tant que parent ?
Restez calme et maintenez une relation ouverte, sans confirmer immédiatement cette identité ni la rejeter. Une affirmation soudaine ne doit pas nécessairement se traduire par une transition sociale ou médicale ; accordez du temps et de l’espace. Limitez le temps passé devant les écrans lorsque cela n’est pas nécessaire et soyez vigilant vis-à-vis des communautés en ligne qui alimentent cette identité. Faites d’abord examiner attentivement les comorbidités — autisme, anxiété, dépression, troubles alimentaires, traumatismes — avant d’adopter la dysphorie de genre comme diagnostic principal. Recherchez un thérapeute qui adopte une approche exploratoire plutôt qu’une approche purement affirmative, et sachez que le seuil d’admission dans les centres spécialisés dans les questions de genre conduit souvent directement à la prescription de bloqueurs de puberté. Une approche étape par étape est disponible sur /mon-enfant-est-transgenre/ ; vous trouverez également des conseils concrets dans la rubrique « Aide et soutien ».
Pour en savoir plus sur ce site
Ailleurs sur le réseau
transouders.nl — des parents qui reconnaissent la revendication soudaine d’identité de leur enfant.
genspect.nl — une organisation internationale qui prône l’approche exploratoire.
genderrisico.nl — quels facteurs rendent un jeune vulnérable à la dysphorie induite par les réseaux sociaux.
genderkwebbels.nl — comment l’idéologie du genre se propage à travers les médias et la culture des jeunes.
Sources
Littman, L. (2018). Témoignages de parents d’adolescents et de jeunes adultes perçus comme présentant des signes d’une dysphorie de genre à apparition rapide. PLOS ONE 13(8) ; republié en 2019 après correction. PLOS ONE
Diaz, S., Bailey, J.M. (2023). Dysphorie de genre à apparition rapide : rapports des parents sur 1 655 cas potentiels. Archives of Sexual Behavior. (Article retiré par la suite pour des raisons de procédure — les conclusions de fond restent incontestées.)
Shrier, A. (2020). Dommages irréversibles : l’engouement pour la transidentité qui séduit nos filles. Regnery.
Cass, H. (2024). Examen indépendant des services liés à l’identité de genre destinés aux enfants et aux jeunes — Rapport final. NHS England. cass.independent-review.uk
Hutchinson, A., Midgen, M., Spiliadis, A. (2020). En faveur de la recherche sur la dysphorie de genre à apparition rapide. Archives of Sexual Behavior — réaction des cliniciens face au rejet de ce terme.
Transregret